21.02.2010
Chat
J’ai toujours pensé qu’un écrivain talentueux s’accompagnait irrémédiablement d’un de ces chats placides et cajoleur. Critique indifférent aux cris de rage et aux mièvres tentatives de séduction que l‘auteur ne manquera pas d‘éprouver au cours de l’avancement de son œuvre. Public impartial, aux multiples pouvoirs, ancré dans les superstitions et les croyances populaires depuis des millénaires, qui n’a pas trop de ses sept vies pour passer si fréquemment du monde des dieux à celui des démons. Confident impérieux fait de grâce mystérieuse et d’impénétrables subtilités. Tout me laisse à penser que cet animal est la muse indispensable au délicat labeur du poète. Tour à tour inondant son corps de chaleur et de tendresse, lové sur ses genoux, ronronnant d‘un sommeil radieux, le voici soudain, agile et véloce, faire montre de gestes souples, précis, mortels peut-être. Le cœur du poète a besoin de cet état d’extase ronronnement, de cette méditation profonde, qui laisse son corps en paix et affute son esprit, tandis que ce dernier se doit d’être souple, vif, précis, en un mot félin.
C’est donc empli d’une joie profonde et d’une immense curiosité, que je vis ce chat établir son territoire en mon bungalow. Cette chatte devrais-je dire. Car depuis je me suis rendu compte que c’était une femelle.
Et comme toute femme qui fait sien le domicile d’un homme, elle prit immédiatement, et sans me demander mon avis, quelques menues dispositions qui la feraient se sentir chez elle. Il est amusant de noter, chez la femme, cet instinct de disposition, cette prédisposition à l’agencement, ce soucis du détail, tous ces attributs qui participent en somme en cette étrange facilité avec laquelle elle s’approprie subrepticement un lieu sans que l‘on puisse vraiment se rendre compte ni quand, ni comment s‘est opérée la magique transposition. Dans le fond rien n’a changé, mais partout, pourtant, on sent sa présence. Comme si elle s’était faite brume invisible, impalpable, et emplissait la pièce de ses effluves conquérantes et maternelles.
Je sus que je n’étais plus seul en ces lieux. Qu’il me faudrait faire des compromis, partager les tâches ménagères … Je décidais d’office de prendre la direction de la cuisine. Pas envie de manger du rat à chaque repas. Je pense qu’elle s’occupera très bien des questions d‘hygiène et de propreté. Pour le nom des enfants nous verrons plus tard. Peut-être grogra tigré, mistigri, coffee mayo … le choix ne manque pas.
Oh que tu es belle ma petite chatte. Je reconnais tes yeux noirs et profonds, tes gestes graciles, le doux duvet sur tes joues et tes petits baisers pointus. Viens là ronronner dans mes bras, laisse moi caresser tes cheveux et te gratter le cou.
Avais-je seulement le choix ? Je décidais de l’adopter.
Je la nourrirais tous les jours ! Car on voit à son ventre maigre qu’elle ne mange pas assez.
Je la cajolerais toutes les nuits ! Car on voit à ses yeux fatigués qu’elle a besoin de chaleur et de réconfort.
Que tes caresses sont douces petite chatte nyctalope, plante encore en ma chair la fureur de tes griffes, lacère moi fort dans tes bras de toute la force de ta solitude, et gravons dans le cœur de la nuit ce pacte d’amour, à la lueur des étoiles et à l’encre de mon sang.
J’ai toujours pensé que le chat était la muse idéale pour l’écrivain. Sa nature ambigüe, son aura mystérieuse, inspirent au cœur ces changements brutaux d’émotions qui donnent plus de corps et de vie à la matière du roman. Sa dualité divino-démoniaque, la proche présence de ces portes secrètes s’ouvrant sur des mondes de mystères et de puissance, vers ce public, tapis dans l‘ombre, qui lit à travers les yeux du chat, donne à l’œuvre une importance mystique et l’aide à y puiser sa force.
Mais au final, ce que l’auteur cultive dans sa relation avec le chat n’est peut-être que de l’amour ? Toutes ces tendres caresses, et ces violents coups de griffes. Toute cette attention chaleureuse, et cette froide indifférence. Les lueurs de folie dans les yeux et les baisers langoureux au réveil Toute cette violence dans l’amour !!
Le chat, et plus encore la chatte, ouvre son monde au poète et c’est le cœur des femmes qui s’offre à son instinct, à son œil aguerri, et il n’a plus alors qu’à repeindre le tableau en pointillant du bout des doigts les volutes de l’âme humaine.
09:23 Publié dans Pointless words | Lien permanent | Commentaires (6) | Envoyer cette note | Tags : stoi tag


Commentaires
Et les miaulements horribles de cette chatte, ils inspirent quoi à l'écrivain ?
Tu n'étais pas obligé d'écrire tout ça pour ne pas avoir à dire à ta soeur que tu avais abandonné cette chatte en bordure d'autoroute Balinoise ;)
Ecrit par : pdro | 21.02.2010
Toujours prefere les clebards perso ... c'est mon cote punk je suppose ...
Ecrit par : Sebito | 21.02.2010
Ouais enfin tout ca pour dire que tu vires zoophile...
Ecrit par : MaMSK | 21.02.2010
www.bonjourlechat.fr :D
Ecrit par : golimon | 22.02.2010
De toute facon les chats c'est vraiment des branleurs !
Ecrit par : Jojo | 22.02.2010
hé hé hé ^^ j'adore tes histoires de chat !! bisous félinous
Ecrit par : Ta soeur | 23.02.2010
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